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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 05:16

Raoul Paul Albert Banet-Rivet, né à Marseille le 12 octobre 1888, licencié en droit, est issu d’une lignée d’enseignants.

 

Il vit à Paris quand il est appelé à effectuer son service militaire en octobre 1909 au 9e Bataillon d’Artillerie à Pied (BAP) à Belfort. Il est libéré de ses obligations militaires en septembre 1911.

Employé à la Préfecture de la Seine il est mobilisé, le 2 août 1914, à la déclaration de la guerre, et rejoint le 6e Régiment d’Artillerie à Pied (R.A.P.). Il passera ensuite au 3e R.A.P.  puis au 156e R.A.P.

Il est nommé brigadier le 8 février 1917, puis maréchal des logis le 10 août 1917.  

Raoul Banet-Rivet est cité à l’ordre du 156e R.A.P. le 17 novembre 1918 et décoré de la Croix de guerre « Excellent sous officier courageux et énergique le 15 juillet 1918 s’est offert volontairement et à plusieurs reprises pour porter les ordres de tir sous un violent bombardement par obus explosifs et toxiques de 2 batteries du groupe dont les liaisons téléphoniques étaient coupées – Croix de guerre. » 

Démobilisé le 24 mars 1919, il se retire à Asnières.

Journal de guerre de R. Banet-Rivet

Il a tenu un journal d’août 1914 à mars 1919, « Notes 1914 – 1919 », où il relate sa vie de combattant sur les fronts de Lorraine, de l’Aisne, de Verdun et de Champagne et qu’il a illustré de ses dessins et croquis. Son parcours l’a mené à Roucy qu’il décrit comme un « pittoresque village que domine un blanc château »

 

Découvrons quelques pages de son journal, lors de ses passages à Roucy.

 

Après son incorporation à Toul et les premiers combats en Lorraine, nous le retrouvons dans l’Aisne, en août 1915 :

Pages 50 à 55.

« Ventelay, 19 Août 1915

Nous cantonnons au village, à deux lieues des lignes. Le secteur est calme. Nous avons parcouru ces petites étapes chargés comme des mulets, ce qui a excité l’admiration d’officiers d’infanterie, qui s’imaginaient, sans doute, que nous venions de faire dix lieues !

24 Août 1915

Neuf heures par jour, nous abattons des pins, pour faire des abris à nos camarades montés aux batteries. De la côte voisine, bord du vaste plateau accidenté où niche Ventelay, on domine la vallée de l’Aisne. On y découvre admirablement les positions françaises et allemandes, les tranchées dessinant dans le sol crayeux des lignes blanches visibles de très loin. Eh bien, ce n’est guère encourageant ! Et l’on comprend peut-être mieux pourquoi l’on y regarde à deux fois avant d’attaquer : presque partout, partout, peut-être les Boches occupent le sommet des hauteurs de la rive droite. Ici, plus qu’en Lorraine, cela fait une pénible impression de les voir ainsi implantés chez nous, en plein cœur du pays. Nos lignes sont à mi-côte et notre artillerie se cache dans les bois, au fond de la vallée. C’est probablement là que nous allons nous établir. Nous faisons partie de l’Armée Franchet d’Esperey.

25 Août 1915

Nous coupons toujours du bois. Chaque nuit, les camions automobiles défilent interminablement sur la route et font trembler le mur de notre grange.

1er Septembre 1915

Depuis quelques jours, des avions boches font, au-dessus de nous, de fréquentes reconnaissances, que ne parviennent pas à empêcher des canonnades nourries. On prépare une attaque, pour dans deux ou trois semaines. Il se fait un mouvement extraordinaire de troupes et de matériel de toute sorte.

7 Septembre, 7 h du soir

Il est nuit. J’écris sur ma paille, à la lueur d’une bougie posée sur un piquet de tente fiché entre les pierres du mur. Une longue file de camions américains chargés d’obus de gros calibre vient de passer, montant vers les lignes. La 24ème batterie part ce soir pour les positions. Au fond, nous en avons tous assez, de couper du bois !

12 Septembre 1915

Depuis ce matin, j’assure la liaison avec le commandement de l’artillerie lourde, établi à Roucy, pittoresque village que domine un blanc château. Me voilà plus libre. La route de Ventelay à Roucy franchit une crête d’où l’on découvre les postions.

… On voit, maintenant, les résultats de l’effort accompli de notre côté. Ces énormes tracteurs, remorquant des pièces de gros calibre, donnent le soir surtout, dans la pénombre, une impression de puissance colossale.

En tous sens, des poteaux chargés de lignes téléphoniques jalonnent la campagne. Dans un ravin git une énorme « saucisse » jaune, dissimulée dans la ramure de grands sapins : le treuil à vapeur, les autos chargées de tubes d’hydrogène stationnent alentour. Ailleurs, ce sont des tronçons de la route où des sentiers que dissimulent, aux regards de l’ennemi, des haies artificielles de sapins morts, aux aiguilles roussies. Les côtes les plus élevées sont bossuées d’observatoires, taupinières percées d’une mince visière, par où l’on observe le tir de nos batteries.

17 Septembre 1915

Le ciel est gris et le temps lourd. Le matin, la campagne disparait sous la brume qui fait taire les canons. Le feuillage des grands arbres du parc où se dressent les murs blanchis du château de Roucy, s’est coloré de teintes automnales, que chaque jour accentue. Au pied des collines sur lesquelles serpente la route, la plaine s’étend, vers l’Est, à perte de vue, déserte, semée de petits bois aux formes géométriques où se cachent les batteries allemandes, coupée par la longue ligne blanche et sinueuse des tranchées qui, par endroits, se ramifient en multiples boyaux. A chaque instant, surgissent de là des panaches de fumée, suivis bientôt d’une détonation qu’assourdit la distance : des marmites ou des mines. La fumée monte lentement, très haut ; puis le vent la détache du sol et l’emporte… 

Nous attendons les ordres dans le jardin rustique et vieillot de la maison où s’est établi le commandement de l’artillerie. Il y a, au milieu de la pelouse, un petit bassin d’eau claire, et, tout alentour, des rosiers, des plantes grasses, des roseaux qui balancent à la brise leurs plumets argentés, et beaucoup de jolies fleurs modestes dont j’ignore les noms. Une petite chatte maladive me quémande des caresses. On attend, dans ce jardin, pendant des heures, qui tintent à l’horloge de la petite église romane, surmontée d’une massive tour carrée, encore respectée des obus. Le parc, dont les arbres touffus, s’étagent jusqu’au pied du château, domine ce lieu de paix. La maîtresse du logis, femme d’âge respectable, au long nez surmonté d’un front que paraissent avoir épargné les orages de la vie, aux cheveux gris soigneusement lissés, surveille les travaux d’une servante chétive, perdue dans une ample jupe taillée pour une autre. Entend-on un sifflement suspect, cette vénérable personne, si elle se trouve dehors, se retire sans hâte sur le seuil de sa porte, comme le bonhomme des hygromètres rentre dans sa cabane, lorsque l’humidité tend le crin qui l’attache.

22 Septembre 1915

Le bruit s’est répandu ce soir, dans Roucy, que ce qui restait de civils allait être évacué. Un instant après, le tambour du village confirmait la mauvaise nouvelle… Et la Bonne dame que ni le flux, ni le reflux des Boches n’avaient, voici un an, arrachée de sa vieille demeure, en fut consternée. Pourtant, aidée de sa servante, elle entreprit ses préparatifs de départ. Aucun souffle n’agitait les plumets des roseaux ; le volubilis semblait enlacer plus étroitement le tronc noueux de l’arbre mort ; et le vieux petit jardin, lui-aussi, avait l’air consterné.

23 Septembre 1915

Ce matin, ne voyant pas la petite chatte, je me suis informé d’elle : la bonne l’avait tuée pour « qu’elle ne souffre pas de la faim et soit plus tôt débarrassée ». Ne sachant où se réfugier, la vieille dame se désolait ; près d’elle se tenait sa grosse chienne blanche tachetée, aux yeux doux. Elle ne pouvait, me dit-elle, se résoudre à abandonner Diane, qu’aimait son défunt mari et que lui avait tant recommandée son fils, avant de partir pour l’Armée. Alors, j’entendis un soldat, qui venait d’entrer et, sans doute ne soupçonnait pas la présence de l’hôtesse, dire très haut, en contemplant avec satisfaction la treille chargée de raisins mûrs : « Alors, demain, c’est nous qui seront les propriétaires ici. Quelle belle vendange nous allons faire ! »…

En hâte, les commerçants du village liquidaient leurs marchandises ; et l’on ne voyait que soldats chargés de paquets, de bouteilles, de lapins ; j’aperçus même un cycliste qui filait, tout bourrelé de musettes pleines avec, sur le dos, une poule qui caquetait…

Le temps est lourd et le ciel voilé. Comme la journée est calme ! Tandis que je rentrais à Ventelay par les bois, un avion boche fut pris à partie par nos pièces. Je passais juste devant elles ; et leurs claquements brutaux, multipliés par les échos, se répercutaient au loin dans les ravins boisés, les envahissant comme une grondante marée, aussitôt apaisée.

Pourtant, on a l’impression que ce calme est gros de menaces. C’est celui d’une mer de plomb, quand un grain point à l’horizon.

Roucy, 23 Septembre 1915

Dans le petit jardin, nous attendions les ordres en causant. Au loin, le bruit d’un départ ; un bref sifflement qui croit. Instinctivement, nous nous sommes baissés. L’obus a éclaté dans les champs, un peu plus loin… Ils en ont envoyé une dizaine, à quelques minutes d’intervalle. Il en est tombé un sur la boucherie, dont il ne reste que les murs. En face, devant la maison où loge le « Groupe des canevas de tir », et dont à présent le mur blanc est tout meurtri d’éraflures et les fenêtres sont sans vitres, un conducteur d’auto qui attendait, sur son siège, a été tué par les éclats. Il y a eu quelques blessés.

24 Septembre 1915

Ce matin, de grosses nuées traînaient dans le ciel gris. Sur le plateau de Craonne, la fumée des obus montait jusqu’à elles. De toute part, les canons commencent à tonner. De lourdes fumées rampent sur les tranchées, s’élèvent au-dessus des bois, s’accrochant aux arbres.

29 Septembre 1915

Du moulin de Roucy, où je monte chaque jour, on découvre toute la vallée, parsemée de rares villages, morne comme un désert : pas un être humain. Cela fait penser aux « Pays Muets » de Vigny. De l’autre côté, se dressent des côtes boisées que voilent, par instant, des nuages blancs échevelés par le vent et dont les lambeaux se confondent avec la fumée des obus.

… Chaque matin, en arrivant aux carrières, nous assistons au petit déjeuner des officiers. Ensuite nous sommes admis à humer le fumet de leur cuisine, que nous imaginons délicieuse !

6 Octobre 1915

L’attaque a eu lieu plus à l’Est. »…

Dessin de R. Banet-Rivet. Vue de l'observatoir de Roussy.

Raoul Banet-Rivet va rester dans les environs de Roucy jusqu’en juillet 1916, date de son départ pour Verdun.

Il revient près de Roucy en novembre 1916 :

Page 105 :

« Bois Savart près de Pontavert, 22 Novembre 1916

Au départ de Bois Bourrus, nous avons bivouaqué dans une grange, sur la côte, près de Sivry-la-Perche… Il faisait si froid, sur la terre nue, dans cette grande pièce mal close, que nous avons fait du feu avec des débris de meubles et de vieux cadres, trouvés dans le corps de logis. La nuit d’après, nous avons couché dans des baraques, aux échelons du Bois de Sivry…

Embarqué à… dans des wagons de bestiaux. Plus de quinze heures de voyage, dont toute une nuit, sans bancs, ni paille, gelés, serrés les uns contre les autres comme des bêtes. Notre wagon, ô ironie, portait une étiquette : « denrées périssables, à ne pas différer »…

Hier au soir, cantonné à Fismes, et, pour la première fois depuis 4 mois, dans des maisons habitées.

Nous voici dans ce bois, entre Pontavert et Roucy, où j’allais si souvent l’an passé. Le sol est sablonneux ; il n’y a pas de boue. Comme pièces, des 120 et des 155 longs ; et l’on tire très peu.

24 Novembre 1916

Quel contraste avec Verdun ! On compte les arbres mutilés et les trous d’obus, d’ailleurs anciens. On n’entend que le cri des corbeaux et le roulement très lointain d’une canonnade, sans doute vers la Somme. On est à une lieue des tranchées : on se croirait à 100… »

En mars 1917, Raoul Banet-Rivet est dans la région de Reims.

Le 11 avril 1917 il part pour l’Ecole militaire et d’application de l’artillerie de Fontainebleau, jusque début mai, et ne participera donc pas à l’offensive Nivelle du 16 avril.

Il poursuivra ensuite son parcours militaire jusqu’à l’occupation de l’Allemagne et sa démobilisation en mars 1919.

Après la guerre, il seconde Raul Dautry, directeur général de l’administration des Chemins de Fer de l’Etat, puis il entre à la direction de la Cie Générale Transatlantique où il participe à la construction et au lancement du paquebot Normandie.

En 1939 Raoul Dautry devient ministre de l’armement (du 20 septembre 1939 au 16 juin 1940) et l’appelle pour diriger son cabinet. En 1941, au moment de l’occupation totale de la métropole, Raoul Banet-Rivet part pour Alger. En 1947, il crée et dirige la compagnie à l’origine de la marine marchande du Maroc.

Il a laissé un récit de sa carrière, « Souvenirs 1893 – 1958 ».

Il décède, à Paris, le 21 mai 1962.

Raoul Banet-Rivet

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